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La mobilisation populaire au Sri-Lanka a fini par faire tomber un clan politique marqué par les scandales et une dérive autoritaire.

Le pays traverse une crise dramatique.

Quelques journalistes et personnalités libertarien·ne·s sans scrupules, ainsi que des lobbyistes, s'échinent à réécrire l'histoire récente de l'agriculture du Sri Lanka, en faisant peser sur l'éphémère projet "bio" une responsabilité invraisemblable qui inverse cause et conséquence.

Un thread.
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Vous avez sans doute lu qu'en 2021 le Sri-Lanka avait décidé de passer au "tout bio", puis avait renoncé pour cause d'échec. Jusqu'ici c'est quasi-exact. Mais vous avez certainement également lu que cette transition ratée serait cause d'une crise alimentaire. Et là, c'est carrément du n'importe quoi de compétition.

1) L'agriculture du Sri-Lanka

Depuis des décennies, le Sri-Lanka est enfermé dans un étau post-colonial hélas classique. Son agriculture est très largement tournée vers /

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… l'exportation (thé notamment), au profit de rentiers souvent occidentaux ; les surfaces consacrées à l'agriculture vivrière sont insuffisantes pour nourrir la population. Par conséquent, depuis son indépendance (et non pas depuis 2021 !) le pays importe massivement des denrées agricoles.

Pire, même son agriculture familiale dépend des engrais importés, bâtie sur un modèle (occidental) sans autonomie ni cohérence agronomique de long terme. Et la culture de thé y est très "traitée".
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2) La balance budgétaire

Cette agriculture ultra-importatrice fonctionnait tant qu'elle pouvait payer grâce aux recettes touristiques. Car le Sri-Lanka vivait avant tout du tourisme.

Patatras. En quelques années, ces recettes touristiques se sont effondrées. Pourquoi ?
D'abord par la gabegie et la corruption du clan au pouvoir, avant même sa dérive autoritaire.
Ensuite par des attentats en 2019 qui ont sérieusement réduit les visites étrangères.
Enfin par le Covid depuis 2020, qui /

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… a donné le coup de grâce.
Entre 2019 et 2021, les ressources touristiques du Sri-Lanka ont été divisés par 3. Divisées par trois ! Aucune cause agricole ici.

La mauvaise gestion gouvernementale et des allègements d'impôts ont accentué le problème, en vidant les caisses de l'État.

Pour éviter la banqueroute, il fallait chercher des moyens de réduire les importations, par exemple d'engrais et de pesticides, pour réaliser des économies urgentes (et précipitées).
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3) Un projet "bio" ni fait ni à faire… mais pas rejeté par les paysan·ne·s !

Dans ce contexte économique calamiteux, la dépendance du pays aux importations d'engrais de synthèse (dont le prix augmentait déjà en flèche en 2020-2021, avant même la guerre en Ukraine) devenait rédhibitoire.

Le gouvernement a alors lancé, sans préparation, sans concertation, une "conversion au 100% bio" qui ne pouvait évidemment qu'échouer. Non pas pour des raisons agronomiques (elle était possible !), /

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… mais d'une part à cause de son impréparation pathétique qui laissait les paysan·ne·s se débrouiller sans anticipation, sans formation, sans accompagnement et sans dispositif technique alternatif (!), et d'autre part à cause de l'obstruction violente et puissante des syndicats d'exportateurs de thé, qui prétendaient qu'il était impossible de produire leur thé sans pesticides (sous la pression des multinationales agrochimiques).

grain.org/en/article/6774-less

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Notons que les syndicats de paysan·ne·s sri-lankais n'étaient pas opposés à cette transition bio, contrairement aux caricatures rapportées.

Iels demandaient simplement du temps et de l'accompagnement, mais savaient qu'elle était la seule solution à moyen et long terme pour donner au pays une autonomie alimentaire (= capacité à se nourrir sans importer des intrants, sans dépendre du tourisme et sans gaspiller ses terres pour l'exportation de thé vers l'Europe).

organicwithoutboundaries.bio/2

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4) Un échec prévisible mais quasiment sans conséquences

Ces raisons ont poussé le clan au pouvoir à renoncer en cours d'année 2021 - avant que cette politique n'ait eu le temps d'avoir de véritables conséquences agricoles.

Il faut un culot éhonté pour oser mettre sur le dos d'une politique avortée en 2021 (et d'une récolte 2021 ayant d'ailleurs finalement bénéficié de techniques conventionnelles) une crise alimentaire qui avait commencé en 2020 (sur la récolte 2019 !), et qui s'est /

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… amplifiée début 2021 (sur la récolte 2020 !). Comment doit-on qualifier des polémistes qui imputent à une récolte encore sur pied en 2021 des pénuries relevant des récoltes 2019 et 2020 ?

Mais il y a pire. En fait, la crise alimentaire sri-lankaise ne provient que très marginalement d'une baisse de production au Sri-Lanka (réelle mais limitée). Sa cause principale est la hausse des prix alimentaires mondiaux : une grande partie de l'alimentation de base du pays est importée.
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Cette hausse s'est accentuée en 2022 par la spéculation criminelle des multinationales alimentaires profitant de la guerre en Ukraine, d'où une aggravation de la crise.

Rappelez-vous : les ressources monétaires s'étaient taries.

👉 Chute des devises touristiques servant habituellement à importer l'alimentation du pays + baisse des impôts des riches,

👉 hausse des prix des denrées à importer,

⏩ aliments hors de prix et famine pour les plus pauvres.

Mécanisme trop classique.

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Nous avons donc un pays structurellement dépendant d'importation d'aliments (puisqu'il gâche une partie de ses terres pour NOUS exporter du thé) et d'importations d'engrais et de pesticides, qui n'a doublement plus les moyens d'acheter ces denrées, engrais, pesticides, pétrole, etc.

Et dans ce cas, les plus pauvres sont toujours les premiers à trinquer (la faim est un problème de pauvreté).

À court terme, la crise est forcément brutale, et elle est amplifiée par les turpitudes des /

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… dirigeants, leur corruption, leur incompétence et leur dérive autoritaire. Elle nécessite une aide structurelle, pas une aumône, et surtout pas un renforcement de la dépendance agro-industrielle.

Dans ce tableau, l'éphémère et fantaisiste projet "bio" improvisé n'a aucune responsabilité, et n'est que l'une des nombreuses victimes des crises internationales (Covid, Ukraine). Il visait à cacher la crise et ne pouvait pas y parvenir.

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En revanche, une évolution vers l'agriculture biologique et paysanne, c'est-à-dire des techniques permettant à la fois de retrouver des productions vivrières complexes et massives, de sortir de la culture de rente post-coloniale, et de cesser de dépendre des importations d'engrais, reste un vrai espoir, soutenu par les syndicats paysans sri-lankais !

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[Merci de m'avoir lu jusque-là, en espérant être utile pour éviter les manipulations et éclairer la situation.]

Bon article de France-Info qui résume la question.

[NB : Petite remarque toutefois, je parlais surtout des *céréales* en disant qu'il est préférable d'anticiper par une culture de légumineuses l'année précédente, pour disposer d'azote.]

francetvinfo.fr/economie/emplo

@JacquesCaplat
Que ce soit le COVID ou l'Ukraine.....elles permettes de reinjecter de l'argent ds le systeme financier a des hauteurs ss precedents SANS que les gens s'en rendent comptes.

Ironiquement, la seule chose qui peut nous sauver c'est les MID terms aux US

Frenchement, la crise de 2007....ON AURAIT DU LA FAIRE.....on en serait pas la

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